Jean-François Caron élu à la tête de l’Association des Biens Français du Patrimoine Mondial

Maire de Loos-en-Gohelle depuis 2001 et vice-président de la Mission Bassin Minier, Jean-François Caron a porté la candidature du Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine Mondial auprès de l’UNESCO. C’est en 2012, à Saint-Pétersbourg (Russie), que la présidente a levé son marteau et a validé l’inscription au Patrimoine Mondial de l’humanité. En 2019, il devient représentant des 45 biens français inscrit sur cette prestigieuse liste, élu à l’unanimité par les représentants de ces lieux emblématiques français  à la tête de l’Association des Biens Français du Patrimoine Mondiale.

 

Monsieur Caron, votre ressenti quant à cette élection ?

L’inscription du Bassin Minier au Patrimoine Mondial était déjà  quelque chose de surréaliste et fou. Les mineurs au Patrimoine Mondial ? Personne n’y croyait sauf nous. Le fait que l’histoire des mineurs puisse valoir l’histoire des rois était absolument fondamentale. En 2012 c’était magique, une émotion indescriptible. Finalement 7 ans après,  les 45 sites de France classés, comme le Mont-Saint-Michel, le pont du Gard, les berges de la Seine et Notre-Dame, le parc national de La Réunion, estiment que celui qui porte l’histoire des mineurs devient leur représentant. C’est extrêmement touchant de savoir que notre histoire a ému.

 

Que s’est-il passé à l’annonce de cette élection ?

Forcément j’étais très ému, c’est un plaisir de représenter  le patrimoine français. J’aurais voulu que mon père, décédé récemment, voit ça. C’est une reconnaissance, c’est prestigieux. Pour la petite histoire, j’ai reçu un cadeau du conservateur du château de Versailles. Que ce château vient offrir un gage d’amitié à celui qui a porté l’histoire de la mine, c’est incroyable. Qui penserait qu’un jour les gueules noires seraient à la hauteur du château de Versailles et de ses rois ?

 

Au travers de votre élection à la tête de l’Association des Biens Français du patrimoine Mondial, c’est un tout un territoire qui est mis en avant.

C’est extrêmement positif pour le territoire. J’ai rencontré un grand architecte français qui m’a dit « le fait que ce soit vous président, dans les milieux du patrimoine français c’est un signal. Le patrimoine n’est pas qu’une question de vieille pierre que l’on conserve comme une relique, cela doit être un moteur de fierté, de dynamisme et de projet.» C’est ce que je souhaite, ce que je porte : mettre le patrimoine en mode projet d’avenir.  Comment l’histoire de nos peuples, de nos emblèmes fonde une communauté, met en perspective et développe les territoires. C’est ce pourquoi je me bats chaque jour, c’est un peu ma vie.

Mettre en avant ces sites classés pour développer les territoires,

Jean-François Caron

En 2012, l’élu Loossois présentait le dossier de candidature au Patrimoine Mondial du Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais en Russie. Photo © Mission Bassin Minier

Quelle est le rôle de cette association ?

Elle permet de représenter les sites Unesco devant l’état et à l’international, avec les gens qui les font vivre, comme une amicale, un syndicat des grands sites de France. C’est un rôle de représentation de ces sites, de faire valoir leurs droits et difficultés. Il y a une dimension de monter en qualité. Par exemple, l’association organise des formations des membres des sites sur la médiation. Comment le public interprète les lieux, quels sont les enjeux de tourisme, économiques pour un territoire d’avoir un site classé. Sur notre territoire, nous avons formé des gens du Bassin Minier à la Saline Royale d’Arc-et-Senans dans le Jura. Regarder comment les sites peuvent monter en puissance dans une logique de réseaux, en s’alliant. Nous devons également aider ces sites à faire les bons choix, notamment dans la préservation de ce patrimoine, comme en Corse sur le Golfe de Porto et les calanches de Piana qui sont fragiles. Il y a cette thématique de patrimoine en danger qui revient, comme chez nous les chevalets à l’abandon. Et ce qui s’est malheureusement passé à Notre-Dame de Paris a mis cela en lumière.

 

Élu pour 3ans, vos objectifs ?

Écouter chacun des sites, comprendre leurs difficultés, qu’elles soient juridiques, financières ou matérielles. Comment utiliser ces sites, les mettre en avant pour développer tout un territoire, développer de l’emploi, l’insertion des jeunes, la transformation du bâtiment. J’ai envie de mettre le patrimoine français en mode développement, en mode avenir. Evidemment, cela rejaillit sur le bassin minier. Sur ce point de vue là on apparaît comme une terre d’innovation et beaucoup s’en inspirent. Pourtant, le Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais a pris des coups depuis plusieurs années, mais aujourd’hui on parle de Patrimoine Mondial, du  Louvre-Lens, de renouvellement urbain engagé par l’état. Aujourd’hui, c’est tout un territoire qui est « à la tête » des sites les plus prestigieux de France, nous ne sommes plus les derniers de la classe.

Pour conclure, je voudrais remercier mes amis et collègues qui m’ont aidé dans ces aventures depuis tant d’années à défendre notre patrimoine, Cathy Apourceau-Poly, présidente de Mission Bassin Minier, les élus, les équipes techniques, il y a un côté « œuvres collectives » à cela, comme en 2012 où nous étions tous ensemble pour défendre l’inscription.

Propos recueillis par le service communication de la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin.