Le Journal du confiné #3 – La solidarité sociale ne connaît pas le confinement

Malgré le confinement, les associations qui oeuvrent pour les personnes en difficultés sont sur le qui-vive alors que les périodes hivernales ont débuté. Les Restos du Coeur ont commencé leur campagne de distribution et le Plan Grand Froid a été déclenché par l’APSA. Rendons donc une visite à la branche Liévinoise des Restos ainsi qu’au SIAO (Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation).

 

Les Restos du Coeur

C’est ce lundi 23 novembre, au Pôle Solidarité de Liévin, dans les locaux de l’ancien collège Curie, que la campagne hivernale des Restos du Coeur a débuté. Toutes les semaines et jusqu’au mois de mars, à Liévin, seront distribués plus de 400 repas. La matinée des bénévoles se rythme entre derniers préparatifs, dernières livraisons de denrées et inscriptions des bénéficiaires. Nicole Liers, présidente des Restos du Coeur du Bassin Minier, profite de l’occasion pour leur accorder un dernier briefing. Cette année est particulière, crise sanitaire oblige, «Nous avons mis en place un protocole sanitaire strict avec des entrées espacées et une désinfection des mains notamment», explique Laura, fraîchement nommée à la tête de l’équipe liévinoise. C’est dans l’après-midi que les distributions débutent, à tour de rôle les bénéficiaires récupèrent lait, conserves, fruits, légumes, viandes, poissons, etc…

Martine prépare le prochain colis qui sera distribué.

Au référencement, Nadine, bénévole depuis 13 ans. «Quand on vit seule comme moi, il faut se sentir utile. Puis je vois du monde, c’est agréable». Non loin d’elle, Martine, 21 ans de bénévolat derrière elle, distribue pâtes et conserves notamment. Elle s’alarme de l’aggravation de la situation au fil des années «C’est de pire en pire, on a des jeunes, des familles, des retraités…».

Les distributions s’enchaînent. Ce lundi après-midi, les familles nombreuses avaient rendez-vous, le lendemain, c’est au tour des personnes seules ou de ceux vivant à deux. Quand vient un moment d’accalmie, j’en profite pour échanger avec une bénéficiaire. Maman d’une famille reconstituée, elle et son concubin ont, par alternance, 2 puis 4 enfants à charge. «Monsieur ne travaille pas et je suis en reconversion professionnelle, quand on a les 4 enfants, c’est très compliqué. Heureusement que les restos sont là, affirme la jeune maman. Je suis bénéficiaire des restos du cœur à Liévin depuis cet été

J’en retourne à la distribution et l’ambiance y est conviviale. Les bénévoles, Nadine, Martine, Laura, Elisabeth, Micheline, Emilie, les deux José, Laurent, s’impliquent, rassurent, écoutent. «Pendant un temps, on oublie la misère», explique un bénéficiaire. Au-delà d’une simple distribution aux plus démunis, leur rôle est aussi social «Comment tu vas ?», «Et ton dos, ça va mieux ?», «Les enfants vont bien?». Et c’est là que le sens d’une parole de la chanson des restos prend tout son sens : «Quand je pense à toi, je pense à moi».

 

L’APSA 62 (Association Pour la Solidarité Active) 

Rendez-vous désormais auprès des membres du SIAO (Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation). J’y rencontre Patrice et Léa, travailleurs sociaux, et Marion, cheffe de service du SIAO. Géré par l’APSA 62, le SIAO, qui intervient sur les territoires de la CALL et de la CAHC, accompagne les personnes en rupture d’hébergement effective ou qui le seront (expulsion locative, rupture conjugale, etc…) vers les dispositifs de droit commun (hébergement, logement). «Le travail du SIAO est d’être vigilant sur ces sujets-là, d’écouter, d’avoir un discours rassurant et de trouver des solutions concrètes que ce soit vers les dispositifs du SIAO ou des partenaires», explique Patrice, éducateur spécialisé au SIAO.

Pour cela, 3 équipes sont mobilisées. Elles correspondent à chaque étape du suivi d’une Sans Domicile Fixe : l’équipe 115 en charge des appels, des équipes de rues, qui vont à la rencontre des personnes. Soit par l’intermédiaire du 115, soit par des rendez-vous pris avec les personnes en difficulté, les équipes de diagnostics, qui évaluent plus en détails la situation afin de rediriger la personne vers des organismes partenaires ou vers les dispositifs d’hébergement ou de logement.

«Dans l’absolu, ce sont ces 3 étapes, or il est possible qu’une personne, rencontrée par les équipes de rues, ne souhaite pas être redirigée vers un dispositif d’aide, poursuit Patrice. Dans ce cas, l’équipe de rue effectue un suivi en se rendant régulièrement auprès d’elle.» C’est le cas de Marie (nous modifions son prénom pour garder l’anonymat). Avec Léa et Patrice, l’équipe de rue, nous sommes allés à sa rencontre. L’occasion pour elle d’obtenir un sachet de provisions et pour l’équipe, de prendre de ses nouvelles. «On est dans une situation compliquée. Cette dame était dans une structure d’hébergement, mais la situation ne lui convenait pas, elle a préféré retourner dans la rue auprès de son compagnon avec qui elle vit une relation toxique», annonce Léa. L’équipe travaille alors à lui trouver une solution.

L’équipe de rue du SIAO en rendez-vous.

Des solutions, il en existe pourtant. Depuis début novembre, le Plan Grand Froid (PGF) a été déclenché. Il permet ainsi aux SDF d’être mis à l’abri.

Dans un centre d’hébergement lensois, j’y rencontre un résident, Ludovic. En difficulté depuis Janvier 2020 et une séparation avec sa conjointe. Il a vécu, pendant le premier confinement, à l’hôtel, avec sa fille. Depuis, elle est en famille d’accueil et il a intégré le centre. «C’est pas une vie pour une petite de 8 ans de vivre ici, explique-t-il. Là, elle peut aller à l’école, faire ses devoirs tranquillement…». Mais la situation évolue, avec notamment l’accompagnement des équipes du centre d’hébergement, il a pu faire les démarches pour retrouver un logement, qu’il a déjà visité. Derrière, les bonnes nouvelles ne pourront que s’enchainer «Je retrouverai ma fille, je retrouverai un emploi, je suis content». «On essaye de les mettre dans les meilleures dispositions possibles pour qu’il puisse avancer», explique Slimane, éducateur au centre d’hébergement du PGF. Ludovic intervient «Sans vous, je n’y serai pas arrivé». Ceux à quoi l’éducateur lui répondra «C’est du 50-50, on t’a tendu la main, t’as décidé de la saisir, c’est grâce à ça qu’on a été plus loin. C’est toi qui t’es démené pour t’en sortir».

Ludovic (à G.) et Slimane (à D.) se sont prêtés à l’exercice de la photo.

 

 

 

Sourd ou malentendant ?