Lettre ouverte de Sylvain Robert au Président de la République.

Dans une lettre transmise au Président de la République, Sylvain Robert, Président de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin, souligne le manque d’information de la part de l’État sur sa contribution et son plan de financement concernant l’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier.

 

Le « quoi qu’il en coûte » pour Marseille ok…et l’ERBM ?

Je me réjouis de voir la cité de Marcel Pagnol être au cœur d’un plan visant à donner l’ambition que mérite la 2ème ville de France. Je salue au passage mon homologue Benoit PAYAN pour l’investissement sans faille dont il fait preuve depuis toutes ces années pour Marseille, et encore plus depuis qu’il en est devenu son 1er magistrat. Espérons tous que l’investissement majeur annoncé par le Président de la République, qu’il soit financier, logistique et politique puisse redonner le lustre d’antan de la cité phocéenne.

Néanmoins, il me parait nécessaire de rappeler au Président de la République que d’autres territoires méritent que l’Etat s’y penche de manière impérieuse. En juin dernier, avec mes homologues de la communauté d’agglomération, j’avais tenu à interpeller de nouveau l’Etat sur l’Engagement pour le renouveau du bassin-minier (ERBM). Si nous sommes à ce jour prêts à lancer les opérations, nous attendons des précisions du Gouvernement quant à sa contribution et son plan de financement.

Depuis 2017, avec d’autres EPCI du Nord/Pas-de-Calais, nous sommes mobilisés aux côtés de l’Etat, de la Région des Hauts-de-France et des Départements du Nord et du Pas-de-Calais dans cet engagement qui vise à apporter des réponses concrètes aux besoins majeurs de nos populations, à travers un large programme transversal pour transformer durablement ce territoire en matière d’habitat, de santé, de cadre de vie, de mobilités, d’attractivité économique, de cohésion sociale.

Les problématiques soulevées à Marseille autour de la sécurité, du logement, du seuil de pauvreté, etc…se retrouvent également ici. Malgré les efforts réalisés au cours de ces dernières années tant au niveau de la cohésion sociale que sur le volet urbain, force est de constater que nos communes, nos quartiers, souffrent encore d’une image négative et de retards de développements. Ici, la politique de la ville concerne 21 de nos quartiers et plus de 50 000 de nos habitants. On ne peut l’ignorer ! Ici, nous faisons face à une situation sociale critique, voire préoccupante, avec une distorsion entre les emplois créés et le niveau de qualification ! Ici,  le niveau de pauvreté de la population est plus fort que dans le reste de la région des Hauts-de-France. Le taux de chômage est supérieur à 13% voire 20% dans certaines zones. La formation des jeunes est insuffisante. La population est très peu mobile. Des taux toujours très élevés en matière de délinquance chez les jeunes, au niveau des troubles à la tranquillité publique, les violences intrafamiliales. Notre ambition collective est donc d’enrayer cette situation.

 

Aujourd’hui, certes, nous pouvons nous féliciter que le programme de rénovation des logements par les bailleurs sociaux soit engagé, que la construction du nouveau Centre hospitalier de Lens, l’un des dossiers majeurs de cette résilience, débutera prochainement et que le soutien au développement économique via les dispositifs Territoires d’industrie ou Cœurs de villes, voir Petites Villes de Demain, produise ses premiers effets.

Cependant, nous demeurons dans une grande incertitude sur plusieurs autres volets de l’ERBM et en premier lieu concernant la rénovation urbaine des Cités minières. Cette dernière constitue pourtant le pendant incontournable de la rénovation des logements si nous souhaitons rendre perceptible par les habitants un véritable changement de conditions de vie. Elle rend concrète la notion de « projet intégré » au cœur de l’ERBM. La simultanéité entre amélioration du logement et amélioration du cadre de vie, des espaces et équipements publics est une condition sine qua non à la réussite de nos volontés partagées et à la compréhension de nos ambitions par nos populations.

L’agglomération de Lens-Liévin est le premier EPCI concerné par l’ERBM. En effet, ce sont 29 cités minières dont 21 situées en quartiers Politique de la Ville qui seront concernées par ces opérations, soit un total de 5 200 logements. Il est estimé à 27 000 le nombre de personnes vivant dans les cités ERBM de la CALL. En tant qu’EPCI, la CALL est garante, devant le partenariat de l’ERBM, de la dimension intégrée de l’opération.

 

Nous sommes au rendez-vous de cet engagement en apportant notre propre contribution au plan de rénovation des logements, en portant les études urbaines qui garantissent une approche globale des problématiques et permettant ainsi de chiffrer les investissements nécessaires.

Mais pour que cet exercice soit réellement utile, il nous manque cependant une visibilité sur les volumes financiers qui seront apportés par l’Etat. Nous sommes en attente d’arbitrages interministériels qui nous ont été annoncés mais dont nous n’avons toujours pas le résultat.

C’est pourquoi, j’en appelle solennellement au Président de la République pour qu’une réponse claire à ce besoin désormais bien identifié et chiffré, notamment par la mobilisation du Plan de relance national dont l’ERBM devrait constituer un projet phare compte tenu des impacts qu’on peut en attendre en termes de cohésion sociale, de relance économique et de transition écologique, soit apportée. Il serait difficilement acceptable d’avoir une ambition revue à la baisse qui ne concernerait que quelques cités et sur une échelle de temps sans rapport avec l’impatience légitime de nos populations. À l’instar de Marseille, le territoire de l’ex-Bassin Minier se définit un avenir et montre sa capacité de résilience à chaque instant. Mais l’Etat et le Gouvernement se doivent d’être à nos côtés dans cette volonté.

 

Sylvain ROBERT

Président de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin
Maire de Lens

 

 

Sourd ou malentendant ?